Fortune des Long

01/20/07

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Théâtre - Philip Long

 

Texte de Doris Long

Légende, controverse et faux espoirs

Exemplaire d'un Certificat d'Héritier non Associé - succession de John Phillippe Lang ou Long Seigneurie de Témiscouata, P.Q. et de Fief de Madawaska, N.-B.

Une légende a eu cours chez les descendants de Philip Long. Quelques-uns ont cru fermement que cette légende était vraie. L'un d'entre eux y a presque laissé sa chemise afin de prouver la véracité de cette légende. Cet homme, c'est Romuald (Minal) Lang, l'un des arrière-petits-fils de Philip. Malheureusement, il ne fut pas le seul à tout investir dans cette affaire. Il y en eut beaucoup d’autres comme lui.

Selon cette légende, une partie ou la totalité de la seigneurie de Madawaska aurait appartenu à Philip Long. Elle lui aurait été concédée pour services rendus à la Couronne. L'aurait-on confondue avec les terres qu'il a reçues au Nouveau-Brunswick en 1787 et qu’il a refusées ? Qui plus est, on ajoutait qu'une fortune dormait dans une banque en Angleterre. Certains allaient même jusqu’à dire qu’un coffre plein d’argent et de documents secrets avait été enterré à Clair, village où Philip finit ses jours. Cette légende «de la paye des Long» faisait partie des traditions orales de la famille. Assurément, les plus vieux devaient la raconter, les soirs d'hiver, devant un auditoire fasciné par leur grand-père ou arrière-grand-père.

Au début des années 1930, un barrage fut construit pour élever le niveau du Lac Témiscouata. Ce barrage était lié à l'exploitation forestière de la Compagnie Fraser d'Edmundston. Certains dirent que les terrains de la Compagnie, autour du Lac Témiscouata, appartenaient jadis à Philip Long. On attribuait ce fait à la découverte concernant les titres légaux des terrains en question. Il n'en fallait pas plus pour croire que la légende devenait une réalité. Nul doute que Philip posséda une petite ferme à la tête du Lac Témiscouata, mais à cette époque, des documents officiels l'attestent aujourd'hui, la seigneurie de Madawaska appartenait à Alexander Fraser. Retournons plutôt dans ces années d'avant la Deuxième guerre mondiale.

Toute cette histoire pleine de rebondissements se déroulait pendant la grande Crise (crise économique des années ‘30) et se poursuivit dans les années ‘40. Plusieurs descendants de Philip se réunirent afin d'organiser les recherches devant ces nouveaux faits. Un comité fut créé officiellement. On avait même nommé une secrétaire, Madame Phoebe Oakes, épouse d’Edgar Long. On se réjouissait de cette fortune tombée du ciel. Romuald, l'un des plus ardents promoteurs de cette légende, alla jusqu'à hypothéquer ses biens pour défrayer les coûts de recherches onéreuses. Plusieurs de ses fils contribuèrent également ; parmi eux, mon père qui croyait «dur comme fer» à cette belle légende. Les descendants de Philip reçurent un certificat d'héritier. À la suggestion de Mgr Ernest Lang, cousin de Romuald, un avocat fut engagé, Maître Chamberland. Un autre avocat, Maître Rioux, prit part à l’affaire également. Le nom de Maître Michaud est aussi cité à travers ces recherches. La légende demeura une légende car rien ne fut prouvé. Pourtant, Romuald jura jusqu'à sa mort avoir vu un document entre les mains de l’un des avocats alors qu'il était seul avec lui dans son bureau. L’homme de loi, quant à lui, nia fermement jurant n'avoir jamais eu tel document en sa possession. Qui a dit vrai ? Romuald Lang a probablement pris ses rêves pour la réalité. Une autre version dit que le chien de l’avocat aurait mangé le document.

Romuald était tellement convaincu du bon droit des Long quant à l’héritage des terres qu’il commit au moins un acte illégal. Il alla couper du bois sur les terres de la rivière Verte déclarant que ces terres appartenaient aux Long. Cette rivière prend sa source à la tête du lac Témiscouata et se jette dans le fleuve Saint-Laurent à la hauteur de L ‘Islet-du-Portage. Évidemment, il fut arrêté et mis en prison. Son séjour fut de courte durée. Il faut croire que les autorités de l’époque ont cru à son histoire, car, selon ce qui a été raconté, il a été installé à l’hôtel pendant une semaine à sa sortie de prison et fut traité comme un roi.

Le père de Madame Oakes, Willie Oakes parlait d’un bail emphytéotique qu’aurait eu Philip Long concernant les terres qu’il cultivait au Lac Témiscouata. Et si c’était ce document dont parlait Romuald. Un bail de ce genre est d’une durée de 99 ans, et le locateur, en l’occurrence Philip, jouit de tous les droits y compris celui de construire et de développer. Il peut même jouir des profits de location. Ce document, s’il a jamais existé, est introuvable. Même si on l’avait trouvé dans les années ’30, il n’y aurait pas eu d’héritage, car les 99 ans étaient largement dépassés.

Toutes sortes de faits cocasses se sont déroulés durant cette période concernant le coffret enterré. En voici un basé sur les souvenirs de Lucien Long et qui vaut la peine d’être raconté. Ça se serait passé dans les années ’30. Plusieurs personnes se sont mises à la recherche de cette soit disant fortune. Une voyante fut même consultée et la rumeur fut répandue qu’il fallait chercher sur la terre de Liguori Long, le père de Lucien. Cette terre est située à Clair. Un bon matin, Liguori eut la surprise de découvrir dix-huit trous creusés un peu partout. Durant la nuit, des partisans de cette croyance décidant d’en avoir le cœur net avec la rumeur avaient retourné la terre de Liguori. On alla jusqu’à dire que le coffre avait été retrouvé mais qu’il avait disparu. La raison est des plus farfelues, digne des contes irlandais. Si on découvrait le coffre, nul ne devait parler à ce moment-là sous peine de voir disparaître le coffre. Et … c’est comme cela que le coffre a disparu dans la nuit des temps !

Voici une autre anecdote concernant cette fois les titres de propriété au Lac Témiscouata. Vers 1949, ma mère, qui demeurait à Clair à cette époque, vit un jour deux hommes frapper à la porte de la maison. Arrivant de Cabano, élégants et polis, ils venaient demander l’autorisation de procéder à la coupe de bois sur les terres de Philip. Comme quoi la légende avait pris racine même en dehors de la famille.

La recherche de documents prouvant cette légende a tout de même contribué à mieux nous faire connaître Philip Long. Cette recherche, effectuée par Romuald et son cousin Ernest, les a menés de Rivière-du-Loup jusqu'aux archives nationales à Ottawa, en passant par celles de Québec. Ils y ont trouvé de nombreux documents, lettres et actes notariés, concernant Philip. Comme on le sait, nul document n'est venu confirmer la légende.

Cependant, Mgr Lang était de plus en plus curieux à propos de son ancêtre. Il poursuivit son travail afin d'en écrire l'histoire. En 1974, il prit possession d'un document signé de la main de Philip. Ce document mettait fin à une autre controverse dans l'histoire familiale. Les uns disaient que le patronyme était Lang, les autres déclaraient qu'il s'agissait de Long. Mgr Lang, partisan des premiers, fut forcé d'admettre ses torts ; Philip avait signé "Long". Il admettait également que son prénom était Philip, et non John Philippe tel qu'il l'avait toujours cru.

L’aspect positif de cette légende et des recherches qui en découlèrent fut d’intéresser plus d’un descendant de Philip à l’histoire de leur ancêtre. Pour certains, c’est même devenu une passion. Les nombreuse heures passées à fouiller les archives ont permis de découvrir de plus en plus de documents. L’un d’eux, découvert récemment par Benoît Long, est important pour comprendre pourquoi Philip n’a jamais obtenu les titres de propriété de sa terre au lac Témiscouata. Ce document concerne l’octroi d’une terre à la tête du lac Témiscouata à David Higgenbotham par le gouverneur Haldimand. Trouvé à l’Université de Fredericton, il vient prouver que ni le gouvernement d’alors, ni Alexandre Fraser ne pouvaient attribuer officiellement à Philip la terre qu’il occupait. Du moins c’est ce que l’on peut affirmer tant et aussi longtemps qu’on ne trouvera pas de documents qui expliquent ce que Higgenbotham à fait de ses terres. Les a t’il vendues ou léguées ? Est-il décédé sans héritier ? Ces terres seraient-elles retourner à la Couronne ? Questions sans réponses pour l’instant.

*Voir la Seigneurie de Madawaska dans le texte «Sur les traces de Philip et de Julie».

**Voir le document original intitulé Higgenbotham 1784 sur le site web.

 

Texte de Doris Long

2004-02-06

 

Source : Benoît Long

            Carmen Long             

    Mon ancêtre Philip Long par Mgr Ernest Lang

    Souvenirs de famille

 

Certificat d'Héritier non Associé - succession de John Phillippe Lang ou Long Seigneurie de Témiscouata, P.Q. et de Fief de Madawaska, N.-B. (examplaire)

 

 

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

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